UN RASAGE DE PRÈS

LA MOUSTACHE d'Emmanuel Carré

Commonwealth (roman patchett)

Traduit du français

Par Lanie Goodman



Collier/Macmillan

146 pages 17,95 $ ; livre de poche, 7,95 $

Un JEUNE architecte parisien prospère demande à sa femme depuis cinq ans ce qu'elle dirait s'il rasait sa moustache. Elle répond : « Cela pourrait être une bonne idée. Cet échange ambigu - de part et d'autre tellement plus soucieux de difficultés de langage que de problèmes d'information - fournit l'énergie qui anime le récit de Carrère de 28 ans à son effacement drastique mais inévitable de l'autre côté de le monde.

Un exercice ordonné de ce que les philosophes appellent « le problème des autres esprits », cette nouvelle nous emmène dans l'entonnoir de l'illusion jusqu'à ce qu'aucun compte rendu de « ce qui s'est passé », aucune version de la réalité, ne soit digne de confiance - que Michel ait ou non avait une moustache, que sa femme soit ou non une mythomane, qu'il s'envole ou non pour Hong Kong pour un 'avis extérieur' seulement pour trouver sa femme attendant dans sa chambre d'hôtel, lisant un magazine comme nous l'avons trouvé à la première page, quand elle a si langoureusement retiré la prise avec sa réponse.

Le tourment de Michel a une grande lignée, avec des ancêtres distingués à trouver à Poe, à Maupassant, à Dostoïevski et, plus récemment, dans les Gommes de Robbe-Grillet, qui fournit à Carrère son dernier vers, 'maintenant c'était fini, tout était remettre en place.' Pourtant, ce petit livre a sa propre note à ajouter au concert des sujets consternés en quête d'objectivité. En tant que dernière articulation du genre de la conscience illusoire forcée de « corriger » le monde en s'annulant de ce qu'il perçoit comme une conspiration, la contribution de Carrére est de placer son dilemme dans un milieu impeccablement yuppie, un milieu si souriant que le L'approche de la folie semble d'autant plus incontournable, une société de consommation donnée. Et de suggérer que le cas de Michel n'est en aucun cas exceptionnel : nous sommes tous au bord de ces fantasmes paranoïaques, et notre monde, alors que nous luttons contre la mythologie bourgeoise de la « raison », n'offre aucun achat au moi dérapage, un identité agrippée à des pailles qui se révèlent être des lames de rasoir.

Il est essentiel, dans un texte de ce genre, que la prose soit transparente, sans couture : il ne faut pas hésiter sur la diction, car tout l'élan du récit dépend du fait que nous sommes entraînés dans la spirale infernale du délire sans réaliser ce qui a mal tourné. Il ne doit pas y avoir d'accrocs. Nous sommes donc affligés de tomber sur des phrases telles que « sa chambre était confortable, avec deux lits jumeaux », « ramasser le chèque qui était plié entre la facture » ou « quelqu'un de passage qui a accédé à sa demande ». La principale difficulté est la traduction littérale d'expressions françaises qui ne donnent pas de sens anglais : « Elle a inversé les rôles en sa défaveur avec chaque parcelle de virtuosité qu'elle avait acquise en jouant à ce jeu » ou « l'expérience a dénoncé la préméditation d'Agnes » -- où ce qui est signifié est révélé ou trahi, pas du tout « dénoncé ».

Lanie Goodman connaît manifestement trop bien le français pour fournir une version anglaise satisfaisante (en une seule phrase, elle aura Michel « fréquentant les attractions touristiques » et « traînant dans les casinos ») ; il semble qu'elle n'ait eu aucune assistance éditoriale. Je ne veux pas contester sa compréhension de l'œuvre et de sa signification - simplement son insouciance à l'égard des détails, dans un texte qui fait son effet dévastateur sur nous précisément par ces détails, et leur indiscutabilité révélatrice. Dans un récit de 150 pages, on ne peut pas se laisser harceler 30 ou 40 fois par des incertitudes de phrasé et de diction - c'est injuste envers le beau petit bréviaire de l'éloignement bourgeois d'Emmanuel Carré. :: Richard Howard est poète, traducteur et professeur de littérature comparée à l'Université de Cincinnati.