CONCOTIONS CRÉOLES

TEXACO Par Patrick Chamoiseau Traduit du français et du créole Par Rose-Myriam Rejouis et Val Vinokurov Panthéon. 401 pp. 27 $ JOURS SCOLAIRES Par Patrick Chamoiseau Traduit du français et du créole Par Linda Coverdale University of Nebraska Press. 146 pp. Broché, 13 $ DEPUIS QUELQUES années, il y a eu un mouvement appelé créolite parmi les écrivains antillais français, une détermination à se définir comme créole plutôt que comme français et à employer la langue créole dans leurs productions littéraires. Il y a eu plusieurs praticiens notables de la créolite, mais Patrick Chamoiseau, qui écrit dans un mélange éblouissant de créole et de français, est le premier à être publié ici. Son roman épique Texaco, qui a remporté le prestigieux Prix Goncourt en France en 1992, vient de paraître aux États-Unis, tout comme ses mémoires sur l'enfance, School Days. Texaco est un grand ragoût de livre, un callaloo bouillonnant bouillonnant de personnages, d'incident, de réflexion, d'aphorisme, d'angoisse. D'une voix tantôt élégante, tantôt argotique, et dans des scènes qui mêlent le magique au banal, Chamoiseau retrace les efforts des descendants de l'esclavage pour pénétrer et conquérir la 'Cité', un lieu qui n'est pas une ville spécifique mais l'habitation urbaine elle-même, un lieu « où les orteils n'ont pas la couleur de la boue » et qui est surtout « ouvert aux vents du monde ». Le personnage principal est une femme âgée nommée Marie-Sophie Laborieux qui raconte à la fois sa propre vie et celle de son père, Esternome, né esclave. Un homme sur le visage duquel « les malheurs de la vie ont régné », Esternome, qui sauve la vie du béké qui le possède, est libéré et quitte les champs de canne pour chercher un moyen de subsistance. A Saint-Pierre, capitale de l'île jusqu'à ce qu'elle soit détruite par un volcan, il trouve du travail de menuisier et l'amour sous la forme d'une sensuelle esclave qui crée en lui une 'brûlure à sentir sa sueur, la fermeté de ses cuisses, la danse sacrificielle de ses fesses basculées, oh à toi et à moi ah la la.' Esternome se politise aussi. Lorsque l'émancipation est proclamée en 1848, il ordonne à ses amis de la plantation : « Partez en ville, ne touchez plus à la terre pour personne ». Et, luttant toute sa vie pour se sentir libre, il enseigne à sa fille que 'la liberté doit être prise et non offerte, jamais donnée'.

Marie-Sophie, née tardivement dans la vie d'Esternome, apprend bien les leçons de son père ; et, après des années à vivre dans le labeur et la terreur avec d'autres personnes, elle cherche la liberté pour elle-même en se procurant une maison à elle. Elle construit une hutte sur un terrain inoccupé à côté d'une ancienne raffinerie de pétrole de Texaco, où elle est bientôt rejointe par d'autres créoles noirs sans abri, et ensemble ils luttent contre l'expulsion, l'emprisonnement, l'absence d'électricité, d'eau courante et d'écoles, pour transformer leur bidonville en un communauté viable. En cela, précise l'auteur, les habitants de Texaco répètent les succès et les échecs de tous les Noirs martiniquais qui les ont précédés, les Africains déracinés, les esclaves affranchis privés de leurs terres, les habitants de Saint-Pierre écrasés par le volcan, les dernières générations de Noirs pauvres dans et autour de la nouvelle capitale de Fort-de-France dont les pieds dans « City » ont été contrecarrés par le manque de travail ou par la famine lorsque l'Amérique a bloqué l'île pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais Marie-Sophie est une héroïne et une puissance, et elle et sa communauté finiront non seulement par durer mais triompher. L'histoire que raconte Marie-Sophie est interrompue à divers moments dans son déroulement par des extraits de ses cahiers et par des documents écrits par d'autres personnalités - une urbaniste qui prend son parti et un 'Word Scratcher', un remplaçant de l'auteur lui-même. , qui enregistre ses expériences. Mais il s'agit essentiellement d'une saga familiale, une histoire linéaire de deux personnages qui, à eux deux, vivent tous les sommets et calamités majeurs de l'histoire martiniquaise. Il n'est donc pas surprenant que le livre traite également de l'histoire et du rôle que jouent les histoires individuelles dans sa formation. « L'histoire, dit Esternome à Marie-Sophie, ne veut rien dire. . . Vous osez dire Histoire, mais moi je dis histoires, histoires. Celui que vous prenez pour la tige maîtresse de notre manioc n'est qu'une tige parmi tant d'autres. « Qui aurait pu prévoir notre capacité », observe Marie-Sophie, « de démêler l'Histoire {les békés}} en nos mille histoires. » Dans School Days, livre moins complexe mais tout aussi original, Chamoiseau tente de démêler ou du moins d'enrichir l'histoire des békés en ne racontant qu'une seule histoire, celle du petit garçon timoré qui était lui-même lorsqu'il commença à lire et à écrire. Les expériences du garçon sont universelles : la terreur de lâcher la main d'une mère, la peur de se ridiculiser, la lutte pour trouver des amis et repousser les intimidateurs. Mais comme ses anecdotes d'adversité sont fréquemment racontées par un groupe de commentateurs - en partie des chœurs grecs, en partie des rappeurs - Chamoiseau se débat avec une difficulté particulière. Il découvre que sa langue maternelle est méprisée par ceux qui l'instruisent. « Qu'est-ce que j'entends, tu parles créole ? dit le directeur de l'école. « Parlez correctement » - ce qui signifie qu'il parle français. « Zounds ! » dit l'enseignant, 'Cependant, vous attendez-vous à voyager sur le chemin de la sagesse avec une langue comme celle-là ! Ce discours de nègre vous encrasse l'esprit avec sa bouillie sans valeur ! » Le garçon apprend finalement à s'exprimer en français, mais il chérit son créole, une « langue à la force latente dont je n'ai réalisé le pouvoir comburant que de nombreuses années plus tard ». En 1989, Chamoiseau et deux autres écrivains martiniquais proclament dans un manifeste : « La littérature caribéenne n'existe pas encore. . . Notre vérité s'est retrouvée derrière les barreaux, au plus profond de nous-mêmes, inconnue de notre propre conscience et du monde de la lecture artistiquement libre dans lequel nous vivons. Texaco et School Days devraient contribuer grandement à modifier ce sentiment d'extériorité et à faire connaître les vérités de l'écrivain caribéen au monde de la lecture artistiquement libre, car ils sont tous les deux ce que tout monde de la lecture désire, des livres imaginatifs et émouvants. Linda Wolfe a écrit sur les Antilles françaises pour Time-Life Books et le magazine New York. Elle travaille sur un roman historique se déroulant sur la Martinique. LÉGENDE : Patrick Chamoiseau